« du voyage dont je reviens... »

du voyage dont je reviens je ne ramène ni souvenirs ni photographies

 

juste une évidence

 

j’ai revécu la création de l’univers et l’évolution de toutes les espèces

dans une fraction du temps

déplié

j’étais néant

poussière

algue et puis ver

et des branches poussaient de mes membres

végétations moléculaires

en mutation perpétuelle

me voici soudain en dehors de moi-même

réconcilié

suis-je aigle ou bien roc

et le ciel soudain s’est mis à danser

des étoiles comme des flambeaux

s’allument et puis s’éteignent

manifestations répétées de l’immédiateté

des voix parviennent jusqu’à nous

le chant du désert augmenté de l’infini

je me couche sur le sable

une pierre sous mon torse fleurit

ici je l’intègre à moi-même

 

le vent redouble

tu dis que tu as froid

pourquoi ne deviens-tu pas vent

 

je me dissous

je m’annule

je me fonds dans la matière universelle

 

et aucune peur

aucun désir

être simplement là

recevoir

donner

participer du tout et du rien

être harmonie et chaos

plénitude et néant

s’abîmer

dans le mystère consommé

de l’identité

 

homme

je te tends la pierre que voici afin que tu deviennes

son ami

Laurent Fadanni, « du voyage dont je reviens... », Anatomie de l’échec, L’interligne, Ottawa, 2007.