Hymne au vent du Nord

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Ô Vent du Nord, vent de chez nous, vent de féerie,

Qui vas surtout la nuit, pour que la poudrerie,

Quand le soleil, vers d’autres cieux, a pris son vol,

Allonge sa clarté laiteuse à fleur de sol ;

Ô monstre de l’azur farouche, dont les râles

Nous émeuvent autant que, dans les cathédrales,

Le cri d’une trompette aux Élévations ;

Aigle étourdi d’avoir erré sur les Hudsons,

Parmi les grognements baveux des ours polaires ;

Sublime aventurier des espaces stellaires,

Où tu chasses l’odeur du crime pestilent ;

Ô toi, dont la clameur effare un continent

Et dont le souffle immense ébranle les étoiles ;

Toi qui déchires les forêts comme des toiles ;

Vandale et modeleur de sites éblouis

Qui donnent des splendeurs d’astres à mon pays,

Je chanterai ton coeur que nul ne veut comprendre.

C’est toi qui de blancheur enveloppes la cendre,

Pour que le souvenir sinistre du charnier

Ne s’avive en notre âme, ô vent calomnié !

Ta force immarcescible ignore les traîtrises :

Tu n’as pas la langueur énervante des brises

Qui nous viennent, avec la fièvre, d’Orient,

Et qui nous voient mourir par elle, en souriant ;

Tu n’es pas le cyclone énorme des Tropiques,

Qui mêle à l’eau des puits des vagues d’Atlantiques,

Et dont le souffle rauque est issu des volcans ;

Comme le sirocco, ce bâtard d’ouragans,

Qui vient on ne sait d’où, qui se perd dans l’espace,

Tu n’ensanglantes pas les abords de ta trace ;

Tu n’as jamais besoin, comme le vent d’été,

De sentir le tonnerre en laisse à ton côté,

Pour aboyer la foudre, en clamant ta venue.

Ô vent épique, peintre inouï de la nue,

Lorsque tu dois venir, tu jettes sur les cieux,

Au-dessus des sommets du nord vertigineux,

Le signe avant-coureur de ton âme loyale :

Un éblouissement d’aurore boréale.

( ... )

DesRochers, Alfred, « Hymne au vent du Nord », À l’ombre de l’Orford, Montréal, Fides, 1948.