Shawn Cotton

Shawn Cotton

À ses débuts, le poète, acteur, musicien québécois Shawn Cotton (1983 - ) évoque Arthur Rimbaud dans sa manière de faire appel à la piraterie, l’irrévérence et le génie. Mais sa poésie fait également appel à la liberté, à l’amitié, à la fraternité, car sa poésie se conçoit dans le partage. Le lecteur est appelé à être témoin, et oscille pareil au funambule entre le désespoir et le rire de ses poèmes. Son langage poétique culbute et chambarde, mais selon des critères obéissant à une exigence impitoyable qui n’accepte ni caricature, ni imitation. Traducteur de Ginsberg, fondateur de la maison d’édition Le Cosmographe et du collectif Volte21, Cotton balade sa musique de l’Amérique du Nord à l’Europe.

En entretien 

Lisiez-vous de la poésie à l’école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? 

Je portais surtout attention aux paroles des bands que j'écoutais à l'époque, aux textes de Kurt Cobain, Jim Morrison, Tom Waits, José Gonzales, Bob Dylan, Julie Doiron; la poésie nous était enseignée par une petite madame qui n’en avait rien à cirer; l’important, selon elle, était qu’on connaisse bien la les structures de rimes et qu’on apprenne notre poème de La Fontaine pour la fin de l’année… D’aussi loin que je me souvienne, certaines phrases de Rimbaud m’avaient torché le cœur, mais c’était encore trop dense pour moi à l’époque (je devais avoir 14-15 ans).

 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer comme poète ?

J’écrivais à 13 ans des textes atroces (en anglais) pour mon premier band. À l’âge de 16 ans, je me suis mis à écrire (en français) à tous les jours et quelques mois plus tard à la sortie du secondaire, je publiais mes premiers poèmes dans diverses petites revues locales.

 

Quel est le « travail » du poète à votre avis ? 

J’en suis et en serai probablement pour toujours, à tenter de le comprendre. J’aime cette phrase de Novarina qui dit: je cherche en moi la brèche par où passé un soufflé étranger.

 

Comment avez-vous écrit « j’ai passé ben du temps  » ?

Je feelais pas, mon premier amour ne voulait plus de moi, je vivais seul dans l’est, j’étais pauvre, je ne faisais pas attention à mon corps et à ma tête et puis j’ai viré un peu fou. J’ai écrit mon premier livre en quelques semaines dans mon appart et au comptoir d’un petit café pas de clients où je travaillais. Ça m’a probablement sauvé de mettre tout ça sur papier.

 

Si vous deviez choisir un poème de notre anthologie à apprendre par cœur, lequel choisiriez-vous ?

C’est la question la plus difficile. J’en choisis 3.

Au centre de notre vie je gravite non encore né non encore formé de Pierre Morency, parce que je l’ai déjà connu par cœur pour un spectacle de théâtre et que c’était un plaisir à avoir sur la langue, Morency est un poète magnifique don’t on entend peu parler au sein de ma génération et c’est dommage.

L’union libre d’André Breton en souvenir du feeling fulgurant qui m’a envahi la première fois que mon ami Maxime Catellier m’a fait lire ce poème, en l’honneur de toute l’influence qu’a eu le surréalisme sur les débuts de ma pratique d’écriture et pour la folle beauté du vers Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical.

Et enfin Nous de Geneviève Desrosiers, un autre texte que j’ai déjà su par cœur pour un spectacle, un texte jouissif d’inventivité, de libre-association, un texte entré dans ma vie comme un gros sofa adore un jour de Marché du livre à la taverne du Cheval Blanc, conseillé par l’homme qui deviendrait mon éditeur, un incontournable de notre jeune poésie et tiré du recueil de poésie que j’ai probablement le plus vendu de ma vie de libraire.