Au fond du visage

Ce n’est pas en une fois

Que je saurai ton visage

Ce n’est pas en sept fois

Ni en cent ni en mille

Ce ne sont pas tes erreurs

Ce ne sont pas tes triomphes

Ce ne sont pas tes années

Tes entailles ou ta joie

Ni en ce corps à corps

Que je saurai ton corps

 

Ce ne sont pas nos rencontres

Même pas nos désaveux

Qui élucident ton être

Plus vaste que ses miroirs

C’est tout cela ensemble

C’est tout cela mêlé

C’est tout ce qui m’échappe

C’est tout ce qui te fuit

 

Tout ce qui te délivre

Du poids des origines

Des mailles de toute naissance

Et des cloisons du temps

 

C’est encore cette lueur :

Ta liberté enfouie

Brûlant ses limites

Pour s’évaser devant.

Chedid, Andrée,  « Au fond du visage », Poèmes pour un texte, Paris, Flammarion, 1991.

Pour aller plus loin: 
  1. Ce poème d’amour ressemble-t-il à ce que vous envisagez être un poème d’amour ?
  2. Si on ne connaissait pas l’auteur de ce texte, croyez-vous que l’on pourrait déceler qu’il a été écrit par une femme ?
  3. « C’est tout ce qui te fuit » dit Chedid. Qu’est-ce que ça veut dire ?
  4. Travaillez votre récitation : Le rythme répétitif crée par l’utilisation des mots ‘Ce ne sont pas’ ou ‘C’est tout’ pourrait définir une récitation de ce poème. Comment éviteriez-vous de perdre le sens du texte sous cette forme si puissante à l’orale ? 
  5. Tentez une expérience de création littéraire :
    Regardez votre œil gauche dans un miroir. Décrivez-le en disant ce qu’il n’est pas sur environ six vers. 

Liens utiles

Regardez un entretien avec Andrée Chedid en 1985.

 

 

 

Découvrez la biographie en vidéo de cette poète qui écrit depuis l’âge de 16 ou 17 ans. 

 

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