Babel-malédiction...

en pensant à Armand Robin

 

 

Babel-malédiction, Babel-fiction, Babel-désastre,

C’est l’ordre du dieu unique sur la Tour écroulée,

L’ordre de la seule parole audible, la voix autorisée.

Babel-querelle, Babel-vindicte, Babel-vendetta,

C’est le babil de Babylone qui vole en éclats

Pour que la terre reste au ras du sol et le ciel hors

    d’atteinte.

 

En ce chantier la confusion est venue de la peur.

L’audace, le défi, le blasphème ont trop manqué.

Pas assez de rêves, pas assez de révoltes joyeuses,

Pas assez d’ascensions hors des échafaudages,

Pas assez d’amoureux fous de ce qui est absolument

Au-dessus du monde, au-delà du monde...

 

Au-delà du monde, oui, mais vers le haut,

Du côté où l’inaccessible n’est pas l’affaire des architectes,

 

 

Du côté où ça s’élève avec le cœur et l’âme,

Du côté où le vertige s’inverse, se perd et s’invente,

Où l’espace devient une fête intérieure et sans fin :

Chant des horizons, des étoiles, et des jours, et des nuits.

 

Pour monter à l’assaut de l’azur

La musique et les mots valent mieux que les pierres.

Au chaos du destin il y a des poètes qui dansent,

Certains agiles, insouciants, illuminés,

D’autres poussant de petits cris en se tordant les pieds.

Ce qu’ils bâtissent? Rien qu’une chambre d’échos

Sans murs ni portes ni fenêtres : la chambre de Babel.

André Velter, « Babel-malédiction... », Au cabaret de l’éphémère, Paris, Gallimard, 2005. 

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