Ballade du temps qui va

Pierre Morency

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Comme ruisseaux mes amis vont

le temps s’en va comme rivière

nous passons tous à reculons

mais nous allons notre manière

ainsi nuage ainsi l’eau claire

ainsi la source ainsi l’oiseau

mais nous voyons mourir nos pères

et l’homme passe comme l’eau

et comme l’eau vont les saisons

et tournent l’âge et la misère

nous n’avons plus notre raison

quand il faut regarder derrière

a coulé le temps de naguère

comme le vent comme radeau

l’amour est toujours à refaire

et l’homme passe comme l’eau

 

la neige est lente et nous savons

qu’ainsi la neige va l’horaire

temps de tes yeux temps de mon nom

et tant de feux pour fuir l’hiver

le fleuve a retrouvé la mer

mais les quais meurent sans bateaux

on nous oublie à l’estuaire

et l’homme passe comme l’eau

père ou ma femme ou mes confrères

nous sommes tous du même lot

et que ferons-nous de la terre

si l’homme passe comme l’eau

Morency, Pierre, « Ballade du temps qui va », Poèmes 1966-1986, Montréal, Éditions du Boréal, 2002.

Pour aller plus loin: 

1. Les quatre éléments sont évoqués dans ce poème. Relevez les termes relatifs à chacun. Lequel est le plus dominant ?

 

2. Qui est le « tu » qui apparaît dans la troisième strophe ?

 

3. Ce poème constitue une ballade, une forme issue de la poésie médiévale. Comptez le nombre de vers que contiennent les trois premières strophes, et le nombre de pieds que compose chacun des vers. Quelle particularité remarquez-vous ?

 

4. « le fleuve a retrouvé la mer / mais les quais meurent sans bateaux ». Quelle distinction importante entre nature et culture souligne cette image ?

 

5. L’homme est-il ici en harmonie par rapport à la nature ou la confronte-t-il, selon vous ?

 

6. Ce poème semble appeler un rythme de lecture solennel, particulièrement lors de ce qu’on nomme l’envoi, c’est-à-dire le dernier vers, répété, de chaque strophe. En lisant le poème à voix haute, tentez différentes façons d’appuyer le caractère grave de cet envoi.

 

Activité d’écriture
En quatre vers imagés, complétez la dernière strophe en répondant à la question que pose le poète : que faire de la terre si l’homme passe comme l’eau ?

 

Liens utiles

Un article de Dominic Tardif dans Le Devoir sur Pierre Morency. 

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