Cantouque du mauvais jour

Par Saint-Titiphore du branle-bas

et la taverne du coin

par la draffe d’air et celles qu’on boit

par les bécosses et les chiens sales

par le cantouque d’en haut d’La Tuque

la barre à clous la faulx rouillée

mets un doigt dans ton nez

jusqu’à la fin des temps

 

tout est prégnant tout est enceint

le lundi est gris

l’autobus est plein

et mon mal est souverain

 

je l’ai monté souvent cet escalier

mon cœur y traînait la patte

du deuxième au quatrième

la concierge me dit que tu es partie

adieu à toi zé à la poésie

la boutique est fermée

le rideau est tiré

dans un fracas de ferraille

et je me noie dans la gueusaille

d’une vie trop utile

 

je plie bagages

comme un homme à gages

les travaux sont finis

et moi itou

 

imparfait contesté

la certitude l’a fui du début à la fin

les lèvres des couventines

de sa jeunesse l’hallali sonnent

 

chaque matin sa tragédie recommence

il se lève tout de même

et reçoit la gifle du jour

il sera parti que la coda de sa chanson

flottera encore dans l’air esclavage

dernier cadeau d’un voyageur

à jamais muet

Godin, Gérald « Cantouque du mauvais jour », Les cantouques, dans Ils ne demandaient qu’à brûler, Montréal, L’Hexagone, 2001 [1962].