C’est la guerre !

C’est la guerre

c’est très excitant

la terre s’ouvre, on peut voir dedans

on peut voir

ce qui se passe derrière les portes closes

l’âme qui loge dans le ventre

la cuisine dans les logements

les latrines qui explosent derrière les baraquements

 

on aperçoit des choses dans le ciel

des choses rondes et lumineuses

qu’on n’avait jamais vues auparavant

ça laisse des traces longtemps

ça éclate

on dirait des applaudissements

qui jaillissent autour de nous

derrière nous, ça surprend !

on comprend que tout n’est que mouvement

on le sent

sur la peau, sur tout le corps

sur les tympans

dans les narines

aussi une odeur

de sang

qui nous fait penser

à ce qui se passe à l’intérieur de nous

à cette espèce d’entortillement

de tripes, de foie, d’estomac

de cœur avec ses veines et ses artères

même de pancréas

 

c’est la guerre dehors

comme en dedans

c’est la guerre

maintenant

les prières ne sont plus exaucées

dorénavant

attachez-moi les mains

videz-moi le ventre

 

coupez-moi la tête

si vous voulez

qu’on le réveille, celui-là !

que celui qui a le plus long sabre

lui tranche la gorge

coupe le cou !

coupe !

maintenant !

Hébert, Louis-Philippe, « C’est la guerre! », Correspondance de guerre, Montréal, Les Herbes rouges, 2008.