C'est à valoir

C’est une bonne base.

C’est un très bon fondement.

C’est en acompte sur le bonheur.

C’est à valoir sur l’amour.

 

C’est à valoir, toujours à valoir.

C’est pour en avoir encore plus.

C’est pour avaler, c’est pour la dent creuse.

C’est pour avaliser notre bon vouloir

ou c’est pour l’amuser en attendant.

 

Parce que nous sommes pauvres,

mais parce que demain nous serons très comblés.

Je le crois bien. Cela brille presque.

 

C’est pour être à notre aise.

C’est pour nous dégarnir du trop peu.

C’est pour devenir à la hauteur.

Peut-être, c’est pour nous porter chance.

 

Parce que les corps sont froids.

Parce que les cœurs sont friands.

Parce que les rats sans façon

se glissent hors de nos bouteilles.

Parce que les ramages de la vertu

à la fin s’emberlificotent.

Parce que tout cela donne envie de plaisanter

parce que nous prenons les choses au tragique.

 

 

C’est toujours cela de pris.

Cela pourrait être pire.

C’est à défaut de mieux.

C’est extrêmement bien de la sorte.

Cela ne pourrait pas être autrement.

Cela pourrait l’être. Cela sera peut-être.

 

 

Mais qu’est-ce que l’on sait ? Qu’est-ce que c’est ?

Qu’est-ce que C’EST ?

2-4 janvier 1952
 

André Frénaud, « C’est à valoir », La Sainte Face, collection Poésie/Gallimard, Gallimard, 1985 [1968]. 

 

© Éditions Gallimard

 

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