Chanson

Le bateau sentait le thé

Quand nous traversions la mer,

À deux, à trois, pour aller

À Folkestone, en Angleterre.

 

C’était un jour bleu d’été,

À Folkestone, en Angleterre,

Où les vieux collèges verts

Dormaient leur calme congé

Dans l’herbe des monastères.

 

L’église trop bien cirée

De Folkestone, en Angleterre,

Et les lys du baptistère,

Et les vitraux peu teintés,

Et le joyeux cimetière,

Quand irons-nous les aimer

À Folkestone, en Angleterre ?

 

Nous avons pris notre thé

À Folkestone, en Angleterre,

Dans un hôtel du passé,

Aux meubles d’acajou clair,

Et cette salle à manger,

Et ces compotiers de verre,

Et ces pelouses bombées

Sous les chênes noirs et verts,

Que cela nous a charmés,

À Folkestone, en Angleterre !

 

Nous reprendrons un hiver

Le bateau qui sent le thé,

Et ce sera pour aller

À Folkestone, en Angleterre,

Pour voir les dalles lavées

Et les fleurs du baptistère,

Et, par les vitres teintées,

Le tout petit cimetière.

 

Pour boire un thé parfumé

De spleen, de brume et de mer,

Dans un hôtel du passé,

À Folkestone, en Angleterre. 

 

Dominique, Jean, « Chanson », La gaule blanche, 1903.