Cher Martin...

Cher Martin,

 

La nuit ne porte pas conseil

            mais conflit

            confusion

            et miasme

La nuit accroche des souvenirs à ma porte

lorsque parfois je dors

Et ta contrebasse me hante, accompagne encore

l’invitation aux blues de Tom Waits.

Tes dessins animés, les armoires parlantes, meubles

vivants.

 

Ta bière désastreuse

 

Notre danse de Noël

L’amour impossible, doucement désespéré. Tu m’as

dit que si je m’en allais, on ne se reverrait plus. Je

cherche ton nom, je cherche ton visage dans les rues

de Montréal. Tu reviens éclater dans ma mémoire

incrédule. Ta démarche, ta posture, ton corps nu,

ta tignasse amérindienne couvrant ton visage à la

contrebasse dans le salon éclairé par la neige tombante,

pendant que je traduisais pour toi les paroles des

chansons de Tom Waits.

 

 

Beau, si beau, je n’en croyais pas mes yeux.

Et tu m’aimais, je n’en croyais pas mon cœur.

Somehow you fit me like a custom-made soul. Tes yeux

tranquillement dangereux. Ton explosif silence.

Tu me manques.

Je suis saturée de ton empreinte sur ma vie.

J’écoute à la fenêtre de ton cœur,

j’écoute derrière tes yeux.

J’appelle.

Te rappelles-tu notre promenade ivre folle joyeuse sur les

trottoirs de Montréal magique et Chez Bunuel ?

Rose Després, « Cher Martin... », Fièvre de nos mains /Requiem en saule pleureur/Gymnastique pour un soir d’anguilles/La vie prodigieuse, Sudbury, Prise de parole, 2012.