Dérive en rouge

Parce que chaque mot cache une fin du monde

et que l’ombre rend plus vive la lumière

la vie belle de sa blessure rouge

flamboie de tristesses éparpillées

Un rouge exubérant à en mourir

un rouge à aimer sans prendre souffle

à boire comme un merveilleux poison

Le rouge de mon amour me brûle si fort

 

Le flamboyant rouge au silence violent

feu de joie ou sacrifice sanglant

le flamboyant carnivore suce le sang de l’été

mon cœur en fait autant, j’en suis maculée

Nous sommes comme des amants voraces

 

Qui me dira qu’il n’est pas beau de pleurer

qui me dira de me livrer dans l’instant vermeil

et pourquoi le sang tenace de l’été renaît

dans l’orgasme du flamboyant

 

Un pétale deux pétales trois pétales

rouge sang rouge vulve rouge Ogou

Tu dérives ma fille, tu dérives et t’emmêles

point de garde fou dans la saison du flamboyant

La passion est rouge, rouge et mouvante

elle exulte au cœur de l’été en chute libre

 

Et mon désir sans aucune honte me colle au corps

omniprésent omnivore affamé d’instants multicolores

Le rouge flamboyant dans mes veines réclame son dû

comme les lèvres dévorantes d’un été scandaleux

Mars, Kettly, « Dérive en rouge », dans Bruno Doucey, Terre de femmes. 150 ans de poésie féminine en Haïti, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2010.