Faux-allié

Josiane Ménard

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tu t’abreuves volontiers

à ma source pour assouvir ta curiosité,

intrigué par l’exotisme de mes traits,

mais peu à peu, mon intuition s’affole

 

propos déplacés, injures voilées

pourquoi tout tourne toujours autour de tes racines ?

parce qu’être insensible à la couleur est un luxe

que je n’ai pas les moyens de m’offrir

 

en refusant de voir tes privilèges

à répétition, tu invalides mon expérience

je te surprends pourtant

à reprendre mes propos au moment opportun

 

pour qu’un faisceau d’ouverture

rejaillisse en ta direction,

ta condescendance revêt ses habits de tolérance

et je ravale ma rage tout comme mes larmes

 

mais j’ai terminé de me taire

pour que tu demeures confortable

fatiguée de préserver ton orgueil fragile

caution, do not break

 

à force d’user de finesse

d’envelopper ton égo de papier bulle,

ce sont mes propres morceaux

que je dois maintenant recoller

Josiane Ménard, « Faux-allié », Nos plumes comme des armes, Montréal, p. 50.