Hymne au vent du Nord

Alfred Desrochers

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Ô Vent du Nord, vent de chez nous, vent de féerie,

Qui vas surtout la nuit, pour que la poudrerie,

Quand le soleil, vers d’autres cieux, a pris son vol,

Allonge sa clarté laiteuse à fleur de sol ;

Ô monstre de l’azur farouche, dont les râles

Nous émeuvent autant que, dans les cathédrales,

Le cri d’une trompette aux Élévations ;

Aigle étourdi d’avoir erré sur les Hudsons,

Parmi les grognements baveux des ours polaires ;

Sublime aventurier des espaces stellaires,

Où tu chasses l’odeur du crime pestilent ;

Ô toi, dont la clameur effare un continent

Et dont le souffle immense ébranle les étoiles ;

Toi qui déchires les forêts comme des toiles ;

Vandale et modeleur de sites éblouis

Qui donnent des splendeurs d’astres à mon pays,

Je chanterai ton coeur que nul ne veut comprendre.

C’est toi qui de blancheur enveloppes la cendre,

Pour que le souvenir sinistre du charnier

Ne s’avive en notre âme, ô vent calomnié !

Ta force immarcescible ignore les traîtrises :

Tu n’as pas la langueur énervante des brises

Qui nous viennent, avec la fièvre, d’Orient,

Et qui nous voient mourir par elle, en souriant ;

Tu n’es pas le cyclone énorme des Tropiques,

Qui mêle à l’eau des puits des vagues d’Atlantiques,

Et dont le souffle rauque est issu des volcans ;

Comme le sirocco, ce bâtard d’ouragans,

Qui vient on ne sait d’où, qui se perd dans l’espace,

Tu n’ensanglantes pas les abords de ta trace ;

Tu n’as jamais besoin, comme le vent d’été,

De sentir le tonnerre en laisse à ton côté,

Pour aboyer la foudre, en clamant ta venue.

Ô vent épique, peintre inouï de la nue,

Lorsque tu dois venir, tu jettes sur les cieux,

Au-dessus des sommets du nord vertigineux,

Le signe avant-coureur de ton âme loyale :

Un éblouissement d’aurore boréale.

( ... )

Desrochers, Alfred, « Hymne au vent du Nord », À l’ombre de l’Orford, Montréal, Fides, 1948.

Pour aller plus loin: 

 

1. Après une première lecture du poème, séparez-le en deux parties. Expliquez comment vous procédez pour choisir l’endroit qui coupera le poème en deux.

 

2. Ce poème est adressé à la deuxième personne, à qui est-il destiné? Un seul vers est adressé à la première personne, expliquez ce vers. « Je chanterai ton cœur, que nul veut comprendre »

 

3. Ce texte se présente comme un hymne (tel que son titre l’indique). Comment le poème célèbre-t-il le lieu dont il est l’objet? Quelles en sont les caractéristiques dominantes?

 

4.Trouvez, dans le texte, les métaphores qui désignent le vent.

 

5. En lisant ce long texte à voix haute, trouvez les endroits où vous marquerez des pauses. Expliquez à quoi serviront ces pauses et comment l’interprétation du texte en sera améliorée.

 

Activité d’écriture

Choisissez un élément de la nature autre que le vent : (Feu, eau, terre). Écrivez un hymne en son honneur. Munissez-vous d’exemples concrets de votre quotidien, réfléchissez à la manière dont cet élément se matérialise dans votre vie. Nommez-le par des figures de style de votre choix (comparaison, métaphore, métonymie, oxymore, litote, personnification, etc.). 

 

Liens utiles

 

Un court-métrage à partir d’une entrevue avec Alfred Desrochers disponible sur le site de l'ONF : 

Alfred Desrochers, poète, Claude Fournier, offert par l'Office national du film du Canada

 

Accès au journal d’Alfred Desrochers et courte biographie du poète sur le site de la BAnQ

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