Ici vit...

Ici vit le Noir la peur au ventre

Cette peur sans cesse refoulée

Sans cesse remise en lumière

L’Amérique en moi

C’est une partie de ma peau

 

La rumeur la plus sourde

Me parvient ce soir-là

À deux pas

La rumeur la plus sourde

Qui me hante parfois

 

Personne ne veut l’entendre

Impossible de fuir

Une rumeur si parlante

Invisibles sont-ils

Sommes-nous

 

Nous

Meute de transparents

Sur lesquels fusent des balles

À boulets rouges

Ce n’est pas une rumeur

J’étais là

Me voici

 

À deux encablures de l’endroit des balles

Pas besoin d’être si près du lieu de la vérité

Pour voir l’empreinte de son éclat sur ma peau.

Tanella Boni, « Ici vit... », Là où il fait si clair en moi, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2017, p. 49.