Il y a des mots meurtris...

Marie-Claire Bancquart

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Il y a des mots meurtris

devant la porte

 

n’ouvre pas

 

ils sont amoncelés, ils tomberaient en désordre

certains montent encore l’escalier

 

ils cherchent

peut-être

le silence. Leur silence.

 

Si tu ouvrais la porte

ils entreraient dans les dictionnaires

 

ils occuperaient ces calmes logis

d’ordre alphabétique, où rien ne prouve que l’horreur existe vraiment

 

mais le sang

coulerait d’eux

chaque fois que nous arriverions au mot Sang.

Marie-Claire Bancquart, « Il y a des mots meurtris… », Toute minute est première suivi de Tout derniers poèmes, anthologie personnelle, préface de Claude Ber, Paris, Le Castor astral, 2019, p. 120.

Pour aller plus loin: 

1. Que ressentez-vous (ennui, amusement, incompréhension, étonnement, douleur, etc.) après une première lecture de ce poème ?

 

2. Relevez les mots qui nous amènent à dire que la figure de style qui domine le texte est la personnification ? Quel effet crée-t-elle sur vous, lecteur, lectrice ?

 

3. Avec « n’ouvre pas » et « Si tu ouvrais », le locuteur s’adresse directement à un destinataire, avant de s’associer à lui dans le « nous » du dernier vers. Selon vous, quel but est ici poursuivi ?

 

4. Quel sens peut prendre, dans le contexte, le substantif « porte » qui permettrait l’entrée des mots « dans les dictionnaires » ?

 

5. Recherchez sur internet le tableau de René Magritte, La trahison des images, mieux connu sous le titre de Ceci n’est pas une pipe. Quelles réflexions le rappro-chement entre le poème et ce tableau suscite-t-il en vous ?

 

6. Relisez le poème en respectant les coupures de fin de vers. Quel effet peut créer cette alternance entre certains vers très courts et d’autres, plus longs ? Que met-elle de l’avant ?

 

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