Je n’ai pas su

Je n’ai pas su.

T’emplir les mains.

Risquer ta peau.

 

On n’en parlera plus.

 

On se déguise dans la cour arrière. On dirait une fin, on dirait que tu y rôdes.

Je reste, encore un instant.

Tu allumes.

Ainsi, comment revoir la chose. Celle qui arrive.

 

Je te parle de feu, de brûler nos peaux, l’entaille : ce qui pourrait être un aveu. Nos paroles inventent de longs stratagèmes, de longues finales.

Partout, on arrête.

On se ferme.

On restera placardés, le nez au sol. Dans nos affaires.

 

On aurait pu s’offrir les manèges et les cinq sous.

Ça ne suffit plus de respirer.

On traverse des enclos.

Le train, poursuit sa chute.

 

On pensait bien tomber d’un malaise. De très haut.

Et les plaies, encore, fissures, comme empreintes.

Te dire les noms de tout ça ; te les dire dans le fond de la bouche.

Inversement on raccorde.

Avant de glisser, regarde la peau qui brûle.

 

Il aurait fallu jouer à d’autres jeux.

 

La porte s’ouvre.

J’entends les tables de chevet brûler dans les corridors.

J’entre.

Il ne vente pas à l’intérieur, mes doigts immobiles, mes cheveux immobiles, mes jambes.

Cette odeur de cendre qui persiste.

Tout comme celle de la rouille.

Geneviève Blais, « Je n’ai pas su », L’incident se répète, Poètes de brousse, Montréal, 2007.

 

L’autorisation d’afficher ce poème a été offerte gracieusement par les éditions Poètes de brousse.