Je suis tout nouveau...

Pour Frédéric. 

 

Je suis tout nouveau sur la terre

Je ne connais pas ta misère

Tu me regardes je souris

Le grand amour est à ce prix

 

Tu me demandes je te donne

Puis je m’endors dans mon berceau

Je me moque quand tu raisonnes

Je suis en l’air tu es en haut.

 

Rien ne me touche quand tu parles

C’est ta grimace que je vois

Que tu dises Marseille ou Arles

C’est même ville même voix.

 

J’attends d’être grande personne

Rien ne presse tout vient à point

Et quand j’entends l’heure qui sonne

Elle me dit : va ce n’est rien

 

Ce n’est qu’un vagabond qui passe

À travers les chiffons du temps

Et de sa canne l’âme lasse

En froisse certains, doucement.

 

Je suis voyou je suis voyelle

Je sais vivre dans tous les sens

Comme reine d’échecs, j’épelle

Les premiers mots de l’existence

 

Ils sont propres comme un caillou

Comme un chou blanc, comme un genou

Vierge encore de toute chute

C’est avec l’ange que je lutte.

Georges Perros, «Je suis tout nouveau...», Poèmes bleus, Paris, Gallimard, 1999.

© Éditions Gallimard

www.gallimard.fr

Tous les droits d'auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite.