Je vis, je meurs

Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,

J’ai chaud extrême en endurant froidure,

La vie m’est trop molle et trop dure.

J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

 

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint lourd tourment j’endure ;

Mon bien s’en va et à jamais il dure ;

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

 

Ainsi Amour inconstamment me mène

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine.

 

Puis, quand je crois ma joie être certaine

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

 

 

Labé, Louise (1524-1566), « Je vis, je meurs… », Œuvres complètes, Genève, Droz, 1981 [1555-56].