J’écris dans le seul

dans le seul

écrire dans le seul

le seul bien plus que la solitude

dans le seul

je nettoie

car je suis préoccupé de la tenue de la langue

dans le seul je m’en fais

pour le plus reculé

de la langue

dans le seul

je tire la langue

à la langue

et je ne fais pas d’entente avec le sens

je l’ai cité à comparaître

le sens

et me suis logé dans l’écart qu’il offrait

leurre d’un seuil

mensonge premier d’un mot de passe

en langue étrangère

car ce dialecte instable et venteux exige des poumons

nouveaux dont j’ignore toujours le tissu

et le rythme, la couleur et

le chant, les arrière-plis et les

entresols

 

dans le seul

j’écris dans le seul

recroquevillé dans le seul

recroquevillé dans la langue

recroquevillé dans le nom

comme la vague en sa suivante

éhontée

comme la poussière

dans l’humilité de la poussière

comme le vent simple

dans toute la prétention du vent simple

 

dans le seul

j’écris

comme on ment à un mourant

et qui le sait

Normand de Bellefeuille, « J’écris dans le seul », Mon nom, Éditions du Noroît, Montréal, 2009.