La circonstance

Le paysage maintenant, le paysage, voilà,

comme des langues de faim

ou des lèvres de froid ou de foule,

comme un dieu vicieux et la peur de l’eau,

comme la famille brûlée et les plantes privées d’enfants,

comme le bruit du vent qui mesure des drapeaux

et qui prête son nom aux déserts,

comme des âmes, comme des membres, voilà,

comme une horloge de prières,

comme l’arrêt sur une pierre mangée,

comme des secondes de paix dans les arbres les plus lents,

comme la viande à parole, comme la têtécraselatête,

comme les gestes vers la Terre et les étoiles,

et les étoiles serrées loin de la Lune,

comme les cris des femmes qui imitent

ce que la mer oublie en dormant,

comme des machines à magie et du papier de mystère,

comme une colonne de soupirs,

et le soleil brisé et le ciel plus noir qu’un livre,

comme des chapelets de chiens

et l’empire des dents et les grands non,

et les morts et les grands miroirs non

qui parlent et qui avalent et qui refusent tout.

Roger Des Roches, « La circonstance », Le nouveau temps du verbe être, Les Herbes rouges, 2011.