La rigidité des flammes

Je suis là présent un tremblement de terre,

mais il faut ajouter des orages,

quelque chose qui tient du mortel sacré,

à moins de dire tabula rasa

et d’immenses agitations de gamines,

je ne suis qu’une grandeur seule dans un coin,

je n’y suis pour personne,

tu m’entends malgré les cloisons.

 

                                                   *

 

En français en allemand en espagnol,

en anglais en letton se battent,

se choquent se créent se vident entre mes dents,

l’infini n’est pas ma vie rusée,

j’ai écrit usée c’est-à-dire au-delà des paysages.

 

                                                   *                        

 

Morts mots morts sons sculptés,

cœur esprit vagabonds,

émiettés au bord du mal,

ce sont des bêtes sorties de moi,

des courses d’un soleil à l’autre,

lumières en jet c’est fulgurant la vitesse des jours,

ou entrés de moi aux grottes qui causent,

je suis un défait un lit défait tu dis,

un démasqué tu comprends,

la bouche grand ouverte mots béants froids vents,

ça ressemble à une rumeur sans destination,

ça ressemble à ce qui faille défaille défenestrer,

c’est de manière forte un mur un si haut mur,

des chaînes des tortures,

par exemple ou par effondrement,

pas de retenue dans les coups de bâton,

police police tu ris tu vis,

tu dis total mon crâne rasé encore.

Jean-Marc Desgent, « La rigidité des flammes », Ne calme pas les dragons, Éditions de la Grenouillère, 2013.