L’ange gardien

L’ange qui marche obstinément derrière toi

D’un soleil à l’autre

Ne projette aucune ombre sur la route

Pareil au vent qui passe.

 

Il murmure des paroles graves

Dans l’air plein d’abeilles

Et sans cesse soupèse ton âme en secret

Installe ses balances fines

Jusqu’au cœur noir de la nuit.

 

Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues

Dessus sa face auguste

L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre

 

Tu verrais du même coup

Dans un éclair

Luire ses hautes bottes vernies

Incrustées de miroirs polis

Et battre ses ailes immenses blanches

Si blanches et douces

Comme de la mousse

D’une telle douceur blanche

Que plus d’un enfant s’y noya

Désirant y poser sa tête.

Hébert, Anne, « Lange gardien», dans Œuvre poétique, Montréal, Boréal, 1992.