Le cap éternité

C’est un bloc écrasant dont la crête surplombe

Au-dessus des flots noirs, et dont le front puissant

Domine le brouillard, et défie en passant

L’aile de la tempête ou le choc de la trombe.

Énorme pan de roc, colosse menaçant

Dont le flanc narguerait le boulet et la bombe,

Qui monte d’un seul jet dans la rue, et retombe

Dans le gouffre insondable où sa base descend !

Quel caprice a dressé cette sombre muraille ?

Caprice ! qui le sait ? Hardi celui qui raille

Ces aveugles efforts de la fécondité !

Cette masse nourrit mille plantes vivaces ;

L’hirondelle des monts niche dans ses crevasses ;

Et ce monstre farouche a sa paternité !

Fréchette, Louis, « Le cap éternité », Poésies choisies, Québec, Darveau, 1879.