Le skatepark des clowns

Timothée-William Lapointe

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Attention à ta tête

attention à tes coudes

soyons alertes car nous entrons

en haut lieu de perdition

un endroit assez effrayant pour que Günter

n’y ait jamais mis les pieds

nous arrivons désormais

au skatepark des clowns.

 

Chaque après-midi

pirouettent les perruques

et s’écrasent les nez

toutes les débarques sont permises

et se font trébucher entre elles à la longue

tu remarqueras là-bas

Gripette la doyenne des clowns

qui s’éternise dans le half-pipe toute la journée

ses cheveux autrefois bien coloriés

ont attrapé un coup de vieux

ont tiédi comme une gomme balloune

trop mâchée par le vent

chevelure grisée silver platine

Gripette n’a toutefois rien perdu

de son sens du péril

elle pousse allègrement les autres clowns

pour faire éclater en morceaux

tant les rires que les rouli-roulants.

 

Il y aura toujours ici

des comiques ou des piétons

en train de se faire mal

au skatepark des clowns

où il ne suffit pas de savoir rire

pour manger un rail dans le front

et si certaines et certains clowns

apportent des marteaux-ballons

c’est pour mieux vous faucher

et que vos sourires pianotent

sur l’asphalte une rigolade en ragtime.

 

Le skatepark des clowns

est un endroit horrible ça se voit

mais on y trouve aussi parfois

une sorte de plaisir

à venir rire avec le danger

avec la déflaboxure du cœur.

jusqu’à ce que la vie et la mort ne soient plus

que les pendants d’un même kickflip

et ce n’est pas pour rien

qu’en guise de voisin

a été inauguré en face

le Musée des blessures.

Timothée-William-Lapointe et Baron Marc-André Lévesque, « Le skatepark des clowns », Verdunland, Montréal, Éditions de Ta Mère, 2020, p. 69-70.