Les carrés de l’hypoténuse

Si a et b sont au carré

si la neige s’additionne avec la pluie

et que mon ombre m’accompagne dans la nuit

alors je me ressemble comme deux gouttes d’homme

la Terre est plus légère que la sphère des géomètres

 

si le temps n’est qu’une mesure

et l’espace sans mesure

alors il nous reste le chose à chose

le présent dans sa dextérité

il nous reste les cadavres exquis

 

je n’ai pas demandé à passer au prud’homme

je ne recherche pas la douce quiétude des hommes

si Trois multiplie Dieu et qu’on expose les deux

ça ne donne qu’une formule impropre à la circulation

ça ne fait qu’un battant pour fermer la fenêtre

 

si les angles sont morts comme le temps le permet

une pierre pour ton jardin une pierre pour le mien

sachant que cinq carottes plus trois navets font huit légumes

vingt-deux morts soixante blessés font quel type de week-end ?

trois famines et deux guerres forment quelle figure humaine ?

Jacques Rancourt, « Les carrés de l’hypoténuse », Veilleur sans sommeil, Montréal, Éditions du Noroît, 2010.