Maintenant nous sommes assis

maintenant nous sommes assis à la grande terrasse

où paraît le soir et les voix parlent un langage inconnu

de plus en plus s’efface la limite entre le ciel et la terre

et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles

calmes et filantes

 

plus loin un long mur blanc

et sa corolle de fenêtres noires

 

ton visage a la douceur de qui pense à autre chose

ton front se pose sur mon front

des portes claquent des pas surgissent dans l’écho

un sable léger court sur l’asphalte

comme une légère fontaine suffocante

 

en cette heure tardive et gisante

les banlieues sont des braises d’orange

 

tu ne finis pas tes phrases

comme s’il fallait comprendre de l’œil

la solitude du verbe

tu es assis au bord du lit

et parfois un grand éclair de chaleur

découvre les toits et ton corps

Uguay, Marie (1955-1981), « Maintenant nous sommes assis... », L’Outre-Vie dans Poèmes, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2005.