Mon pays entre soleil et pluie

Mon pays s’attarde vers la mer,

Puis, soudain voyage à travers soleil et pluie

Mon pays accroche ses forêts

Tel un radeau de feuilles mortes le long du fleuve

Est bien étrange la lente marche des mortels

À l’est de l’immortalité

Dans mon pays il y a tant de rêves qui pagaient

Tant de pagayeurs qui n’arriveront jamais.

 

Mon pays avale à forte dose

De ce vin en poudre dont raffolent nos dames-jeannes

Mon pays a planté dans ses fortins

Quelques canons qui serviraient de téléphones

Que sont étranges tant de signes avant-coureurs

Des folies et des drames à venir

Dans mon pays il y a bien des regards

Qui espèrent ou redoutent

Quelque chose qui doit venir.

 

Soudain dans la nuit, un grand éclat de rire

C’est mon pays qui rit ou qui pleure comme on rit

C’est mon pays qui pleure sa liberté

En riant comme font les tambours

Et en battant des mains.

Accourent alors les étrangers

Ceux qui chantent en silence

Soupirent en silence, s’étonnent en silence

Car dans mon pays,

Le rire des pauvres gens,

C’est étrange pour les riches qui ont perdu

Leur pays

Ton pays

Pierre Akendengué, « Mon pays entre soleil et pluie » (chanson), dans Bernard Magnier, Poésie d'Afrique au sud du Sahara, 1945-1995, Paris, Actes Sud/Éditions UNESCO, 1995.