montréal, 28 décembre 2001

tu descends des bières dans un bar de la rue

mont-royal

quelques parties de billard, des copains

 

                                  ***

 

tu acceptes les services d’une prostituée

coin sainte-catherine / de la montagne

peep-shows, néons, banques, taxis

tu erres ; hagard, noué

il pleut ou il neige

ciel vert et rose, joyau urbain en pleine fonte

tu quémandes à un passant du feu

blackout

 

                                  ***

 

tout va très vite

admission, triage, infirmière, médecin de garde

ton nom nommé trois fois

trois fois tu sursautes ; chasser un sanglot

cesser de trembler, ne pas laisser

se bousculer les phrases...

ativan

 

                                  ***

 

réveil pénible, bouche pâteuse

aucune idée de l’heure qu’il peut être

tu es chancelant, tu croises des regards vides

des visages terroorisés, des septuagénaires

dodelinants

et, enfin, ridicule

ta jaquette bleu poudre

le psychiatre t’invite à t’asseoir

il porte une chemise aux motifs qui aujourd’hui

t’indiffèrent

un pantalon brun, une moustache aggravante

il est laid

docteur saint-denis, stasi de pacotille

tu t’expliques au mieux malgré tout

assommé par les anxiolytiques

lui trouvant une allure de porc

tu as même te semble-t-il

cité bettelheim exprès

 

                                  ***

 

tu te figes (le porc t’a donné congé

et une prescription que tu chiffonnes de facto)

hall de l’hôpital notre-dame, dix-sept heures

tu décroches le combiné

en chien de fusil dans la cabine

tu composes sept chiffres

te jettes ensuite sur un fauteuil

(pleurs en saccades, impossible

de recouper les récents événements)

tu attends

 

zoom sur ta meilleure amie franchissant

les portes d’entrée

tu crois une apparition

tu fermes ta gueule, saisi

 

                                  ***

 

tu reconnais son parfum ;

ses bras un asile

Jean-Philippe Bergeron, « montréal, 28 décembre 2001 », Visages de l’affolement, Poètes de brousse, 2016.