Nocturne

Je t’attends, ma mignonne au profil de camée.

Quand nous serons ensemble et forts comme une armée,

La nuit au pied hâtif ne viendra pas vers nous.

Je suis seul, je t’attends, ma mignonne aux yeux doux.

 

Ah ! viens, fuyons la foule ironique et stupide ;

Cherchons au fond des bois quelque ruisseau limpide

Où tu puisses crier en mouillant tes bras nus.

Je sais pour tes pieds blancs des sentiers inconnus.

 

Je sais les rochers plats que la lumière brûle

Et qu’attiédit le vent rôdeur du crépuscule.

Je sais les nids moussus, querelleurs au printemps,

Je sais tous les effets des nuages flottants ;

 

Le rayon qui, parmi les branches glorieuses,

Se tend comme une main vers les pommes rieuses,

Les ombres, le sang noir des mûres à nos doigts.

Comme je sais mon cœur, je sais l’âme des bois.

 

Fuyons ensemble, viens, ma candide imprudente !

Partage la moisson de mon âme abondante !

Je t’aime, et je sens bien que tu seras toujours

Par un fil invisible attachée à mes jours.

 

Puisque dans ton amour je me sens l’âme heureuse,

Oui, viens, fuis avec moi vers la forêt ombreuse !

Je serai tendre et doux, si je dois être roi ;

Ce qui t’adore en moi, c’est le plus pur de moi.

 

Viens, que nous dérobions la douceur de nos vies.

Et, dédaignant d’en haut les étapes gravies,

Émerveillés, nos yeux comme un chant de hautbois

Écouteront marcher la lune sous les bois...

Robert Choquette, « Nocturne », Œuvres poétiques, Montréal, Fides, 1967.

Cet extrait a été reproduit aux termes d’une licence accordée par Copibec.