Poème vachement amoureux

Toutes les fleurs, ma chérie, j’aimerais t’offrir

toutes les brassées d’herbe que je pourrais cueillir,

l’herbe-à-cent-goûts ou l’herbe-à-Pâris,

l’herbe-au-coq, l’herbe-au-fic, aux-ânes, aux-boucs,

qu’est-ce que je sais ? Toutes les herbes que tu désirerais,

devrais-je parcourir la terre entière à pied !

L’herbe-aux-chats comme aux-chantres ! L’herbe-saine,

l’herbe-sainte et l’herbe-sacrée ! Tout ce que tu voudras !

L’herbe de Saint-Jacques, de Saint-Jean, de Sainte-Barbe,

de Saint-Fiacre, de Saint-Roch et même de Saint-Etcaetera !

Tout cela par potée, bottée, que dis-je ? par gerbée,

charretée, meulée, impensée sommité et même montagnée,

c’est vrai, je le jure, j’irais jusque-là !

Pour toi, je couperais fraîches et vives

l’herbe-à-mille-florins, l’herbe-bleue et l’herbe-carrée !

L’herbe-aux-perles, l’herbe-à-la-couture, à-la-meurtrie,

voire l’herbe au doux nom d’herbe-à-l’esquinancie !

L’herbe-britannique aussi et mille autres à mâcher,

à régurgiter loin de toutes sombres pensées,

oui ! rien que pour toi, exclusivement par amour,

ma chérie, ma chèvre aux grandes oreilles,

ma brebis troupière, ma génisse aux yeux de bœuf,

mon Io cruciverbiste, mon herbivore, ma ruminante,

mon herbivamp, mon herbivorace à qui j’aimerais tant

dire :

mange ! mange ! broute ! dévore-moi !

Jean-Pierre Verheggen. « Poème vachement amoureux », Sodome et grammaire, 2008. 

© Éditions Gallimard

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