Un poème au hasard

Fantôme

Jean-Paul Daoust

J’avais un fantôme dans le cœur

Sans cesse je murmurais son nom

Une prière pour nous exorciser

Je le traînais tout le temps

Du lit au bar j’essayais en vain

De le noyer dans l’alcool la fête

La luxure les voyages

Il restait toujours là

De l’autre côté du miroir

À me narguer

Souvenir virtuel tellement live

Alors j’ai décidé d’essayer de vivre avec

Mes yeux comme des valises fermées

Sur son image tatouée à l’envers des paupières

Mais je ne m’habituais pas à sa présence continue

Où était donc le corps tant convoité ?

La chaleur de ses yeux le parfum de sa voix ?

Et la douceur oh ! la douceur de ses lèvres ?

Les années ont passé

Comme dans une chanson de Dalida

Il restait là

Occupant toutes les chambres de mon cœur

Je ne savais plus où aller

Pour goûter un peu de répit

Il me dictait des poèmes

Que les autres s’appropriaient

Il était l’ombre grise de ma solitude

La nef d’une cathédrale infernale

Parfois l’écho rose de son rire me surprenait

Quand nous étions dans la douche

Moi qui chantais Gigi l’Amoroso

Comment le rejoindre ?

Traverser le Styx ?

Pourtant ce fantôme-là existait

Ailleurs dans une chair triomphante

À chaque battement de cœur la folie me menaçait

Alors les dépressions se manifestèrent

Avec leur cortège d’émotions maudites

Son fantôme restait là

Fidèle au poste à me tourmenter

J’étais devenu une crypte digne de Roméo

Puis un jour le fantôme disparut

Pour réapparaître à mes côtés

Plus arc-en-ciel qu’un collage de chakras

L’enfer s’était éteint

Le ciel dehors devenu mien

Comme lui

À en douter de la réalité