Un poème au hasard

En guise de fête

Anne Hébert

Le soleil luit

Le soleil luit

Le monde est complet

Et rond le jardin.

 

J’ai allumé

Deux chandelles

Deux feux de cire

Comme deux fleurs jaunes.

 

Le jour pourrit

Les feux de nuit,

Deux fleurs fanées,

Aux blanches tiges d’église ;

 

Le monde est en ordre

Les morts dessous

Les vivants dessus.

 

Les morts me visitent

Le monde est en ordre

Les morts dessous

Les vivants dessus.

 

Les morts m’ennuient

Les vivants me tuent.

 

J’ai allumé

Deux fleurs tremblantes,

J’ai pris mes yeux

Dans mes mains

Comme des pierres d’eau

 

Et j’ai dansé

Les gestes des fous

Autour de mes larmes

En guise de fête.