Catherine Cormier-Larose

Portrait de Catherine Cormier-Larose
Mention de source: 
Mathieu Poirier
1980
Biographie: 

Catherine Cormier-Larose est directrice artistique et générale des Productions Arreuh qui s’intéressent, depuis 2007, à la prise d’assaut d’endroits publics par la poésie. Elles sont responsables entre autres de la série estivale « La Poésie prend les parcs », la Rue de la poésie, du Festival Dans ta tête et du Gala de l’Académie de la vie littéraire. Elle est critique, coordonnatrice du volet poésie des Voix de la poésie et commissaire indépendante (théâtre La Chapelle, Maison des arts de Laval). Cormier-Larose a publié dans plusieurs revues, fanzines ainsi que dans des collectifs et son premier recueil vient de paraître chez Del Busso, L’avion est un réflexe court. Elle a performé et animé sur différentes scènes partout au Québec et à l’étranger.

Entrevue: 
Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? : 

Je ne me souviens pas qu’aucune enseignante ou aucun enseignant n’ait abordé la poésie au primaire ou au secondaire. C’est seulement au cégep (où j’étudiais en arts et lettres, option littérature, avec de grands poètes tels Gérald Gaudet) que c’est devenu un objet d’étude, mais j’en aurais pris bien avant! Ma meilleure amie Vicky et moi auditionnions toujours pour Secondaire en spectacle avec des poèmes de notre cru. Oh que j’aurais aimé participer à un concours de récitation comme celui des Voix de la poésie!

 

Par contre, ayant grandi en Mauricie, je me souviens avoir lu très tôt les extraits de poèmes affichés partout dans l’espace public dans la ville de Trois-Rivières (une collaboration de la ville, autoproclamée « Capitale de la poésie », et du Festival international de poésie de Trois-Rivières) et d’en être restée marquée. Surtout l’extrait affiché à la gare d’autobus, je m’en souviens encore par cœur : « Un cœur assez patient pour attendre les miettes… » Ces vers de la poète Jeanne l’Archevêque-Duguay m’habitent encore aujourd’hui.

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous concevoir en tant que poète ?: 

J’écris depuis que je suis toute petite! Très tôt j’ai arrêté d’habiller mes Barbie, mais j’ai joué encore longtemps en leur inventant des vies, des scénarios d’apocalypse, des cabinets d’enquêteuses, en rejouant Les misérables au grand complet en chantant (rires). Je pense que c’est vers 9-10 ans que j’ai commencé à retranscrire mes histoires dans des cahiers et à les illustrer. J’ai toujours aimé les publications artisanales, en édition limitée, les fanzines et le DIY (do it yourself, le faire soi-même). Encore aujourd’hui je travaille sur un recueil qui prendra place dans une distributrice de serviettes jetables à paraître aux Éditions Fond’tonne et je suis sur le CA d’Archives Montréal qui s’occupe de la plus grande foire des petits éditeurs au Canada, Expozine.

 

La poésie est venue plus tard, et très tranquillement. Elle s’est logée au creux du blanc entre les mots, me permettant une extrême liberté puisqu’elle me donnait la permission de ne plus tout dire, d’offrir mes mots aux lectrices et lecteurs afin qu’ils puissent être touchés et qu’ils les rattachent à leur vécu, qu’ils aient assez d’espaces blancs pour les façonner, sans pourtant briser le poème, en s’y creusant une place... Est-ce qu’on se conçoit un jour comme poète? Je ne sais pas. Si tu annonces à une conseillère d’orientation que tu veux devenir poète, la réaction ressemble à un beau métier d’avenir comme clown ou cueilleuse de petits fruits! J’ai amorcé ma « carrière » de poète en récitant mes poèmes sur différentes scènes, pour ensuite faire de la critique, écrire pour plusieurs revues culturelles, cofondé une maison de production, Arreuh, et ensuite un festival, le festival Dans ta tête jusqu’à me joindre à l’équipe des Voix de la poésie. Ça fait 20 ans que je fais ça et je n’ai jamais manqué de boulot, mais on doit savoir vivre avec peu et beaucoup d’incertitude. Beaucoup de passion aussi, et une belle communauté et ça, ça me motive encore aujourd’hui. 

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?: 

Le travail des poètes c’est d’ouvrir autant de portes et de fenêtres que possible, de mettre le feu aussi parfois. On écrit pour rendre la poésie accessible, pour la décimer dans l’espace public, pour la partager et pour permettre aux gens de sentir, de ressentir quelque chose. La poésie est nécessaire et le poète la tient à bout de bras. J’ai toujours été persuadée que nous ferons la révolution armés de poésie. Je crois en la puissance de la parole, en l’importance de la communauté et de l’activisme. Voilà le travail du poète : savoir garder vivant.

Si vous avez un poème dans notre anthologie, qu’est-ce qui vous a inspiré lors de son écriture ?: 

Les 4 courts poèmes qui sont dans l’anthologie viennent d’une suite nommée tout simplement « Winnipeg ».  Je suis tombée en amour avec Winnipeg la première fois que j’y ai mis les pieds lors d’un voyage en sac à dos où j’ai traversé le Canada d’est en ouest. Je n’ai jamais trop su comment l’expliquer, mais ensuite chaque groupe de musique, artiste visuel, poète que j’aimais venait de Winnipeg. Il y a quelque chose avec ce milieu du pays, éloigné de tout et pourtant tellement actuel où se loge enfin l’espoir d’arriver à se déposer quelque part. Winnipeg est de ces villes qui me rappellent la phrase de Réjean Ducharme, « l’amour, ce n’est pas quelque chose, c’est quelque part ».

Si vous deviez choisir un poème à mémoriser dans notre anthologie, lequel serait-ce ?: 

Il y aurait tellement de poèmes que j’aimerais savoir par cœur, tellement de poèmes bouleversants et merveilleux! Depuis quelques années, je traîne bien ancrés en moi quelques vers de « Nous » de Geneviève Desrosiers, c’est un poème-manifeste bouleversant. J’aimerais aussi apprendre au bout des doigts et du cœur le poème « Trust Fund Witches » d’Emma Healey, tiré de Stereoblind, ce recueil si puissant! Mais je pense que ce serait le tout premier poème du recueil incommensurablement touchant qu’est L’année de ma disparition de Carole David; j’en connais déjà l’incipit par cœur : « Je viens de t’abattre à la sortie du motel » et les deux derniers vers, deux forces, deux phares dans le paysage poétique québécois des dernières années, qui me chavirent chaque fois : « Quelqu’un me prend à la gorge / pour me monter au ciel ».

Publications : 
Titre : 
L'avion est un réflexe court
Éditeur: 
Del Busso Éditeur
Type de publication: 
Book
Type de publication: 
Book