Christophe Condello

Portrait de Christophe Condello
Biographie: 

À la fois poète et haïkiste, il a siégé sur le conseil d’administration de la Société littéraire de Laval, comme membre du jury du Conseil des Arts et des Lettres du Québec, du prix de poésie intercollégial ainsi que pour l’attribution du prix Jacqueline Déry-Mochon.

Il a publié sept recueils de poésie (Les jours fragiles au Noroît, L’ailleurs éparpillé au Loup de gouttières, La seconde résurrection au Cygne, Le jour qui s’attarde chez Éclats d’encre, Entre l’être et l’oubli chez Pierre Turcotte Éditeur, Après la cendre chez Le Lys Bleu Éditions et Rien de plus qu'un écho chez Le Lys Bleu Éditions), et est apparu dans deux anthologies, en plus de donner des entrevues à travers le monde.

Sa poésie est minimaliste, existentielle et polysémique.

Entrevue: 
Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? : 

En fait un peu, selon les consignes de nos enseignants, mais pas plus que ça.

Puis il y a eu ce magnifique poème extrait de Poésie verticale de Roberto Juarroz, qui a été une véritable révélation:

 

La hauteur de la rose n'est pas la hauteur de la pierre,

mais parfois la rose la surpasse en son extase.

La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

mais son regard va plus loin que les nuages.

Et parfois la lumière l'emporte sur l'ombre,

bien que l'ombre ait toujours le dernier mot.

 

Les hiérarchies sont une distraction de l'infini

ou peut-être un accident.

Les hauteurs se supplantent comme tours qui dansent

mais tout tombe de la même hauteur.

 

Et là tout a changé. La poésie a commencé à faire partie intégrante de ma vie. Elle m'habite et ne m'a jamais quitté depuis.

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer poète ?: 

J'ai commencé à écrire plus sérieusement à mon arrivée à Montréal.

J'avais 24 ans.

Les lieux, la distance, les rencontres, les poètes d'ici, etc.., m'inspiraient.

Puis j'ai été parrainé par Mr Normand De Bellefeuille grâce à l'UNEQ et cela a été un facteur déterminant.

Je me souviens aussi qu'Anne-Marie Alonzo a été la première à publier quelques-uns de mes poèmes dans la défunte revue Trois.

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?: 

Je crois fondamentalement, qu'à la base, il faut lire.

Se nourrir de mots jusqu'à plus soif.

S'imprégner de la poésie des autres est un élément déclencheur très efficace.

Ensuite écrire, et même si je n'aime pas particulièrement ce mot, faire preuve d'une certaine discipline.

Relire, laisser reposer ses textes, les retravailler jusqu'à satisfaction.

En fait la poésie est un long processus et doit être un lieu de partage et d'émotion.

Si vous avez un poème dans notre anthologie, qu’est-ce qui vous a inspiré lors de son écriture ?: 

Dans mon poème « Aujourd'hui », je m'interroge simplement sur le sens de notre existence, notre rapport à l'autre, la nature et l'histoire. Et je constate à la fois la fragilité et la beauté de la vie.

 

Aujourd’hui

 

Aujourd’hui nous savons

que nous ne savons rien

des sapinières

aux rivières tremblantes

proches

de devenir fleuve

 

de ces saisons

pays sans fin

où les arbres se dénudent

comme les hommes les femmes

devant les eaux

 

l'existence portée

emportée

parfois par le flot

de l'inexorable

rapatriement 

de nos transparences

 

et par nos mains 

sillons tentaculaires

torrentielles salaisons

Si vous deviez choisir un poème à mémoriser dans notre anthologie, lequel serait-ce ?: 

J'aime beaucoup « Je t'écris en retard... » de Kim Doré.

 

je técris en retard sur la vérité

les feuilles mortes c’est le temps

qu’aura mis la noirceur pour sécher

dans l’œil percé du cœur ce corps

étranger qui nous regarde

dormir pareils aux arbres

de l’autre enfer nous forêt

surpeuplée mal grandie

aux souches injectées

de soleil et de marbre

 

sains et saufs au terme

du premier hiver le reste

de nos vies enterré creux

avec la jeunesse et la maîtrise

du feu c’est nous enracinés

les uns aux autres parmi les saints

d’une maladie ancienne qui couvons

le germe du vrai fléau c’est peu mais

je t’écris avant de ne plus savoir

pourquoi pour qui nos chaînes

 

ce qui pousse où l’air retombe

la mort dans l’arbre de tous les canifs

dans le trou creusé par la langue

ce qui parle à travers nous

par-dessus le sang les os

bien avant la prière enfoncée

dans la gorge des mourants

ce qui tombe du ciel en avance

sur la mer et la saison des feux

a l’arrière-goût terreux des rémissions

 

C’est la même douleur fraîche

que l’enfantement les mots prélevés

lentement à l’envie de vivre

la même odeur de fonds marins

enfoncée par la pluie sur le crâne

des bébés quand je t’écris

avec la peur de cent mille âmes

dans les lignes de la main

comme un évangile du rien

ou les rêves de morphine  

 

je demande grâce aux inoculés

pour les cendres et la masse de l’air

la saleté a pris le chemin des hommes

en un éclair l’ascension des lépreux

au ciel qui gouverne et la misère

grimpante par la bouche des maîtres

à ceux qui ramasseront les ailes

des oiseaux j’écrirai demain

pour les autres à la peau refermée

je prierai peut-être moins les mots

 

 

 

 

 

 

 

 

Publications : 
Titre : 
Les Jours Fragiles
Éditeur: 
Le Noroît
Date: 
1997
Type de publication: 
Recueil
Titre : 
L'ailleurs éparpillé
Éditeur: 
Le loup de gouttières
Date: 
2005
Type de publication: 
Recueil
Titre : 
Rien de plus qu'un écho
Éditeur: 
Le Lys Bleu Éditions
Date: 
2022
Type de publication: 
Recueil