Hélène Matte

Portrait de Hélène Matte
1977
Biographie: 

Poète indisciplinaire et travailleuse culturelle depuis plus de vingt ans à Québec, Hélène Matte est une poète tout terrain engagée dans sa pratique et sa communauté. Elle est à la fois écrivaine, conceptrice d’évènement, performeure et artiste visuelle, mère de famille et citoyenne. Sa pratique plurielle investit particulièrement les notions de voix et de rencontre. Elle a réalisé des expositions et performances ailleurs dans le monde, mais agit au niveau local où elle initie des projets de médiation culturelle tels que Vie de quartier. Ses articles et ses poèmes paraissent régulièrement dans les revues culturelles et elle a notamment publié aux éditions Planète Rebelle (Lever du jour sur Kinshasa, Apprentis poètes !). Son dernier recueil, Une Babel de pierres vives (2019), est issu du projet multidisciplinaire ZumTrobaR, un hommage au médiéviste Paul Zumthor en collaboration avec le multi-instrumentiste Michel Côté.

Entrevue: 
Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? : 

Je ne me souviens pas de la poésie à l’école. À la maison nous avions une anthologie de poésie enfantine qui datait des années 1950. Je crois que ma mère me l’a partagé alors que j’étais très jeune. J’ai toujours ce petit livre. Mon poème préféré raconte comment un roi en chocolat finit par éclater de gourmandise. L’auteure, Kim Yaroshevskaya, m’a donné la permission d’utiliser ce texte des années plus tard, pour réaliser une vidéopoésie avec les enfants du Pignon Bleu lors du projet Apprentis poètes !

 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer poète ?: 

Deux souvenirs vibrent quand je songe à mes premières écritures. D’abord, le moment où courant vers ma mère (alors que, étrange détail, à psychanalyser peut-être, elle était à la toilette), je lui tendais fièrement mes premières œuvres rédigées à la main… Le hic, c’est que je ne savais pas encore écrire et que je n’avais que barbouillé ! 

Mon deuxième souvenir date de la première année. J’avais illustré une série de rimes (genre « Le lapin en dessous du sapin mange du pain »). Là aussi, j’étais allée fièrement présenter mon florilège, cette fois à mon enseignante. Celle-ci m’a très vite indiqué l’erreur dans le titre en couverture. J’avais mis un accent grave plutôt qu’un accent aigu à « poésies ». C’était compliqué à effacer parce que j’avais utilisé un stylo sur un carton coloré. J’ai donc décidé d’en faire plutôt un accent circonflexe, que j’ai colorié en chapeau de fête. 

J’ai gardé de ces souvenirs le sentiment de pouvoir tout faire en poésie. Celui, aussi, que la liberté qu’elle m’offre de m’exprimer et de jouer exige qu’à mon tour, je sois attentive à l’usage de la langue et à qui je m’adresse !

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?: 

Les poètes sont des colporteurs de liberté : liberté de dire, d’apprendre, d’aimer, de contempler et d’agir. Les mots sont à la fois leurs outils et leurs œuvres. Les mots sont une matière vivante et comme tous vivants, ils comportent une part de mystère. Les poètes entretiennent une relation aux mots qui n’est jamais platonique, car elle stimule leur dynamisme en même temps qu’elle creuse leur mystère. Ainsi la poésie est une prise de parole qui peut être un exutoire ou un jeu, une quête ou une prière. Le poème est toujours une occasion de rencontre et d’écoute particulière. Celui qui écrit un poème se met à découvert, il offre sa sensibilité et son intelligence, comme un don. Ce qui est fantastique, c’est que plus que de le rendre vulnérable, cette générosité lui attribue une force : celle de dire à sa manière. De même, le travail des poètes est celui de faire ressurgir de cinglantes beautés.

Si vous avez un poème dans notre anthologie, qu’est-ce qui vous a inspiré lors de son écriture ?: 

J’aime partager le poème Mon crayon. Je l’ai écrit spécifiquement pour les jeunes à qui je donne des ateliers. Il a donné lieu à une animation très sympathique récitée et illustrée par des enfants. C’est une exemplification du vaste potentiel de la poésie et du fait que le crayon est « une technologie accessible qui permet la plus grande possibilité de créations jamais inventées ».

Aux plus grands, j’aime partager L’inénarrable. Ce poème, très rythmé, criblé d’allitérations et de rimes, a fait sensation lors de ma participation aux compétitions de slam. C’est l’un de mes poèmes les plus « existentiels ». Il souligne l’infiniment grand et l’infiniment petit dans lequel nous nous inscrivons. C’est un appel à la contemplation, mais aussi à une prise de conscience. Où en sommes-nous, vers où allons-nous, que savons-nous ? Ce poème est un hommage à la philosophie. On y trouve un clin d’œil à Blaise Pascal, mais c’est peut-être en premier lieu le célèbre adage de Socrate qu’il salue : « je sais que je ne sais rien ».

J’ai fait du poème Fusain humain une chanson que j’aimerais également partager.

Si vous deviez choisir un poème à mémoriser dans notre anthologie, lequel serait-ce ?: 

Puisque je travaille spécifiquement « l’oralité », on peut dire également la « vocalité », je sais déjà plus d’une cinquantaine de poèmes par cœur ! Si je devais en ajouter un qui n’est pas des miens, de Marceline Debordes-Valmore, Mallarmé ou Paul Zumthor, je choisirais « La rose et le taudis ». J’aime ce poème parce qu’il parle de printemps et de gaieté, d’oiseaux et de liberté, des thématiques primordiales en poésie. Je choisirais aussi ce poème parce que son auteur, Raoul Duguay, est un personnage haut en couleur et qu’il est lui-même un orateur exceptionnel. Ce serait donc tout un défi d’incarner son poème !

Publications : 
Titre(s) du ou des poème(s): 
On s'habitue à tout
Titre : 
Lever du jour sur Kinshasa
Éditeur: 
Planète Rebelle
Sous la direction de: 
Hélène Matte
Date: 
2008
Type de publication: 
Recueil
Titre(s) du ou des poème(s): 
L'inénarrable
Titre : 
Slam poésie du Québec
Éditeur: 
Vent d'ouest
Sous la direction de: 
Pierre Cadieu
Date: 
2010
Type de publication: 
Anthologie
Titre(s) du ou des poème(s): 
Fusain Humain
Titre : 
Une Babel de pierres vives
Éditeur: 
Planète Rebelle
Sous la direction de: 
Hélène Matte
Date: 
2019
Type de publication: 
Recueil