Jean Désy

1954 -
Jean Désy

Le poète et médecin canadien Jean Désy (1954 - ) est un auteur prolifique qui oscille entre deux mondes: la médecine et la poésie, l’écriture et l’enseignement, l’autochtonie et le centre urbain. Loin d’en être déstabilisé, il en tire un équilibre qui ne se trouve que dans la présence du mouvement. Membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, il publie de la poésie, des récits de voyage, des contes, des nouvelles, des romans et des essais. Son écriture procure un appaisement porteur d’une condition : celle de mettre du sens dans notre vie, car il est question, toujours, d’humanisme dans

son œuvre.

En entretien 

Lisiez-vous de la poésie à l’école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? 

Je ne peux pas dire que j’aie lu beaucoup de poésie jusqu’à ce que j’étudie plus spécifiquement en littérature à l’université. Mais je dois répondre que le poème « Soir d’hiver », d’Émile Nelligan, est un texte qui a marqué mon adolescence. Si je me souviens bien, c’est grâce à la chanson qui a été créée à partir de ce texte que je m’y suis arrêté, que j’ai eu envie de l’apprendre par cœur. Mais de fait, le plus grand poème de mes vingt ans demeure « Vague est le pont », de Gilles Vigneault, un texte que j’aime encore réciter, à tout moment.

 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer comme poète ?

J’ai commencé à vraiment écrire de la poésie, ou à tout le moins une poésie qui en valait la peine, à partir de mon éblouissement nordique, lors de mon premier voyage au Nunavik en janvier 1990. De fait, je crois que c’est depuis la parution du recueil Ô Nord, mon Amour que j’ai commencé à me considérer comme poète à part entière. Sans le Nord, et c’est encore ce que je crois, je n’aurais pas plongé vraiment dans l’univers de la poésie, celui qui m’atteint le plus foncièrement.

 

Quel est le « travail » du poète à votre avis ? 

Le travail du poète consiste à d’abord jouer avec la langue, avec les mots, de manière à les faire sonner autrement, différemment. Je crois que c’est d’abord par la poésie que la littérature permet aux lecteurs et lectrices d’accéder à ce si mystérieux monde de l’inconscient. Je crois aussi que c’est d’abord par le langage poétique qu’on accède au « sod », c’est-à-dire au « secret » des choses, des êtres et du monde (le « sod » étant le quatrième niveau d’interprétation, le plus profond, selon Marc-Alain Ouaknine).

 

Comment avez-vous écrit « Dieu tout au bout » ?

J’ai écrit le poème « Dieu tout au bout » une nuit d’hiver, à Salluit, alors que j’étais monté sur un cap faisant face à un immense fjord. Le ciel était magique. J’étais cependant épuisé après plusieurs nuits blanches passées auprès des malades. Le texte m’est venu pratiquement tel qu’il a été publié. Il est rare dans ma vie qu’un poème m’a été donné de manière si entière. J’en ai pris note sur l’éternel petit carnet que je traîne toujours dans mon sac à dos dès que je suis en randonnée.

 

Si vous deviez choisir un poème de notre anthologie à apprendre par cœur, lequel choisiriez-vous ?

Je choisirais d’emblée le poème « Accompagnement », de Saint-Denys Garneau, un texte que je fais d’ailleurs lire chaque année aux étudiants de mon cours de littérature universelle. À mon sens, ce poème fait partie des plus grands textes de la poésie d’expression française.

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