Louise Dupré

1949 -
Louise Dupré

La poète, romancière, et professeure québécoise Louise Dupré (1949 - ) enseigne la création littéraire à l’Université du Québec à Montréal et dirige la revue Voix et Images. Membre de l’Académie des lettres du Québec, de la Société royale du Canada et de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, elle reçoit le Grand Prix du Festival international de la poésie et le Prix littéraire du Gouverneur général. Sa poésie révèle un souffle et un lyrisme hors-du-commun, révélateurs d’une pensée féconde. Dupré nous montre que même dans l’abîme de l’horreur, il est possible de trouver une voix réparatrice.

En entretien 

Lisiez-vous de la poésie à l’école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ?

Nous apprenions la littérature par le biais d’un manuel qui s’intitulait le Lagarde et Michard. J’ai lu des poèmes de Villon, de Ronsard, de Baudelaire, de Verlaine, de Victor Hugo, d’Alfred de Musset, etc. Mais nous ne lisions pas de poètes québécois et ce n’est qu’à l’université que j’ai découvert la poésie d’Anne Hébert, de Saint-Denys Garneau, de Rina Lasnier, de Fernand Ouellette.

Le premier poème qui m’a marquée au collège est « La ballade des pendus » de François Villon.

 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer comme poète ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais adolescente. J’écrivais des poèmes sur mon idéal amoureux et la déception que je ressentais à ne pas trouver l’amour que j’aurais voulu vivre. J’ai continué à écrire de la poésie intimiste en ouvrant mon imaginaire à la réalité ambiante: l’amour, bien sûr, mais aussi la ville, la nature, la guerre, la mort, etc. Il m’a fallu écrire plusieurs recueils de poésie avant de me considérer comme poète. Ce «titre» m’intimidait...

 

Quel est le « travail » du poète à votre avis ?

Le travail du poète est de regarder le monde de son propre point de vue, sans s’appuyer sur ce qu’on dit à la télévision ou sur ce qu’on lit dans les journaux ou sur Internet. Le poète est comme un peintre qui montre ce qu’on ne remarque pas habituellement, il dévoile des aspects de la réalité qui nous échappent. Cela implique de trouver une façon personnelle d’aborder la langue, de la faire parler, de la faire résonner par la création de figures, par une attention constante au rythme et aux sonorités. Le poète est un magicien qui essaie de tirer de son texte des effets inédits.

 

Comment avez-vous écrit « Le matin se lève... » ?

Mes poèmes partent habituellement de quelques mots ou d’une proposition. Ici, c’est « Le matin se lève toujours trop tôt », proposition qui a un sens évocateur pour le rêveur ou la rêveuse qui ne veut pas se lever pour que la nuit se prolonge, qu’il ou elle puisse continuer à rêvasser. Une fois ce premier vers écrit, je me suis demandé à quoi je rêvais quand j’étais adolescente. Je rêvais à l’avenir, je me demandais qui allait venir dans ma vie, qui j’allais aimer, qui allait m’aimer, comment je reconnaîtrais la personne dont je deviendrais amoureuse. Et j’ai écrit ce poème peu à peu, vers à vers, en essayant de préciser ma pensée. Dans chaque poème, j’essaie de laisser les mots dériver pour que le sens surgisse de l’écriture, qu’il ne soit pas imposé au point de départ. Mais, à la fin, le poème doit avoir trouvé un centre. Il faut se relire et se demander si le poème a une unité...

 

Si vous deviez choisir un poème de notre anthologie à apprendre par coeur, lequel choisiriez-vous ?

Je choisirais «En guise de fête», d’Anne Hébert. Anne Hébert est une poète marquante au Québec et j’admire son écriture, très travaillée sous son apparente simplicité. C’est une écriture à la fois allusive, précise et rigoureuse, ce que je recherche dans ma propre poésie. Dans ce poème, elle arrive à évoquer des sentiments profonds et complexes grâce à des images efficaces, mais qui ne sont jamais forcées. Anne Hébert ne vise jamais le tape-à-l’oeil... Je l’avoue avec un sourire plein d’envie : j’aimerais avoir écrit ce poème...

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