Marie Clark

Portrait de Marie Clark
Entrevue: 
Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? : 

Mon premier réel contact avec la poésie a eu lieu au secondaire, alors que j'ai étudié les grands poètes classiques. Je me souviens d'avoir déclamé ces vers du Cid, de Corneille, un poète français du 17e siècle, devant la classe:

- Rodrigue, as-tu du coeur?  

- Tout autre que mon père l'éprouverait sur l'heure.

- Agréable colère, vif ressentiment à douleur bien doux. Je reconnais mon sang à ce noble courroux.

...

Il s'agit en fait d'une pièce de théâtre. À cette époque, les pièces de théâtre étaient écrites en vers, en alexandrins, la plupart du temps. Je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais oublié cet extrait. 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous considérer poète ?: 

J'en écrivais dès le primaire. Je me souviens du début d'un petit poème qui m'avait valu une bonne note. Ça commençait par: "Petit pain qui sent bon / tu te nommes savon"! Mais j'en ai écrit davantage au secondaire, sous l'inspiration des grands poètes classiques qu'on nous présentait. C'étaient sans doute de longues tirades très ennuyeuses et pleines de mélancolie, mais il faut bien commencer quelque part!

J'ai commencé à penser que j'étais peut-être une poète quand j'ai remporté un prix de poésie, en 2016. Mais ça dépend des jours. Comme j'ai publié surtout des romans jusqu'à maintenant, je doute souvent de moi.

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?: 

Je vois le travail des poètes comme une déconstruction de la langue de tous les jours, usée par le quotidien, une exploration du sens, pour essayer de dire autre chose, exprimer des choses nouvelles, inédites. Je compare souvent la poésie à la peinture abstraite, qui déconstruit les formes, les perspectives, pour susciter directement une émotion. La poésie va elle aussi directement à l'émotion. Il reste tant de choses à dire de notre expérience humaine. De nos jours, les voix poétiques se multiplient et c'est tant mieux. Il faut ouvrir la langue, la casser, pour la sortir des lieux communs, de l'étroitesse du quotidien. La poésie permet de voir plus loin, de regarder par-dessus les murs.

Publications : 
Titre : 
Petites leçons d'orientation apprises dans le désordre
Éditeur: 
Lévesque éditeur
Sous la direction de: 
Robert Lalonde
Date: 
2015
Type de publication: 
Recueil