Rappelle-toi

Portrait de Louis-Karl Picard-Sioui

« rappelle-toi  l’odeur de la terre

lorsque chantent les femmes »

 

« rappelle-toi  le chant du tonnerre

lorsque frappe le printemps »

 

« rappelle-toi  tatoué sur des poings de sang

tu es la hache de ton père »

 

une terre cadavérique

bordée d’édits

d’interdits

de règles qui mentent

 

une terre rêche

engraissée au mépris

à l’arrogance

à la folie

 

un corps de réserve gît

sous un soleil

de minuit

moins une

 

et puis ce n’est plus

nous

nos fautes     nos errances

nos pas erratiques sur le sentier

 

ce n’est plus nous

dansant en rond

chantant en chœur

 

ce n’est plus nous

les gardiens

 

au cœur de la forêt des Têtes-Coupées

un silence imposé

Grand Frère Soleil n’y pose plus les yeux

 

que sont devenus

nos guerriers d’hier?

où se terrent les mots chuchotés

de nos mères     nos filles?

 

mon

pays    perd    pied

ses racines se travestissent en souches

pourrissent dans l’ombre

loin du regard de Petite Tortue

 

mes doigts s’acculent contre l’argile

façonnent mes rêves un peu trop ouvertement

mes mains s’enracinent

mes os s’articulent en trompette

 

sur la terre des souvenirs

je pleure une ascendance

un passage vers l’absolu