Signe 24

Le fracas des âmes ne parvient pas

à l’oreille du gardien des flammes

 

il se brise sur la vitre qui nous sépare

nous emprisonne dans le visible

 

la plainte des colombes ne parvient pas aux cavités

mais s’évanouit dans le silence de l’espace

 

nulle couleur pour la souffrance

nulle couleur pour l’espérance

 

le ciel absorbe les prières comme un ventre de femme

comme un téléphone public dans un quartier bruyant

 

une voix gémit

se balance sur une corde fragile

ni les saints ni les anges ne l’entendent

pas plus que les chiens

assoupis au seuil des étables

protégeant les loups de la chair des agneaux

 

midi brûle

et l’aurore blesse comme les pics acérés

meurtrissent le berger des montagnes perdu en altitude

 

nul espoir aux nuages de dévier

le vent

Maram Al-Masri. « Signe 24 », Par la fontaine de ma bouche, traduit de l’arabe (Syrie) par Maram Al-Masri, avec la collaboration de Bruno Doucey, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2011, p. 59 et 61.