Stravaganza

Cadence. J’ai cinq ans et ma mère danse tandis que je ne sais pas écrire, « j’ai de beaux oiseaux et des pendants d’oreilles » elle virevolte et chavire dans mes pensées volantes, toute musique et cavale, toutes peaux dehors et déployées, elle s’agite et se perd et se donne, courant d’air, devenue, elle souffle et reprend son souffle et danse encore et toujours juste comme si la danse se dansait toute seule comme si le fils ne la voyait pas, était absent, au dehors d’elle ou aveugle à ses gestes, à ses feux, au fond de teint qui coule jusqu’à la poitrine, et sourd aussi à ses hanches aux notes de la gamme qui tintent encore à ses tempes dans la chambre du piano de la grand-mère « dans mon moine danse » et un et deux, saccade, elle trébuche si elle allait mourir ainsi en plein vol tel l’air, transparent et sans pesanteur, si souple ou assouplie dans son corps porté en une invisible éclaboussure de sonorités et d’échos tu n’entends pas la danse si elle allait mourir ainsi d’un souffle au cœur dans le tourbillon — tu crois bien que le fils aussi, d’un seul coup, en mourrait.

Paul Chanel Malenfant, « Stravaganza », Traces de l’éphémère, Le Noroît, Montréal, 2011.