transitions

je les ai déjà

ces mots qui écorchent

trichent

calfeutrés sous ma langue

like

what do you mean

nothing bien sûr nada

c’est juste moi

qui se tait

cet amuïssement

se rendre muet

ce bégaiement

brute et bêta

c’est encore ça

ma voix partie

de nulle part

rebondit de la terre grasse

exilée exhibée retournée et nue

une partie perdue

invisible théorie

de l’absence

je n’ai qu’un accent

fourchu

qui ne grasseye pas

roule roule mais pas

en anglais

dans une autre langue mitigée

le speakwhite d’une révolution tranquille

le speakeasy d’un métissage éternel

le speak now or forever hold your peace

sans paix ni aise

de ma langue trébuchant

vocalises oralisées tonitruantes

toujours et en tenant le tout pour le tout

translations de peine

transitions de misère

je t’aime bien quand même

ma foi

ma langue de hart rouge

de chicot et de bois brûlé

soulevant débris deadwood détritus

mi amor loco

déferlant mots suaves et simples

au bout des lèvres

why not por qué no pourquoi pas

Lise Gaboury-Diallo, « Transitions », Transitions, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2002.