dehors

il y a point deux prusses pareils

à la côte ils poussont tordus

comme des vieux ou des malades

leurs bras et leurs doigts comme une neuve symétrie

 

c’est la religion des saisons qui fait ça

on leur donne des noms mais chaque hiver a sa tempête

des neuves morts

des neufs mals

chaque printemps sa façon de braquer

 

ancrés à la terre

les prusses vivont les humeurs du vent et du sel

ils changeont pour le nord ou pour le sud

sans changer de place ni vraiment d’attitude

 

l’attitude c’est ça qui fait la différence entre les prusses

c’est ça qui fait qu’on veut jouer

sous un prusse pis point l’autre

ils avont tout chaque leur attitude

leur manière d’affronter le vent

pis c’est ça

la manière d’affronter le vent

sa misère et sa tendresse

qui nous attire sous un pis point l’autre

 

l’attitude c’est la différence

entre la voix de ma mère

et celle-là de la Vieille d’à côté

 

une voix qui se laisse emporter

et une voix qu’a peur du vent

Leblanc, Georgette, « Dehors », Alma, Moncton, Éditions Perce-neige, 2006.