Mélancolie

Les choses vont comme elles vont

De temps en temps la terre tremble

Louis Aragon

 

Mélancolie. Pour la sonorité du coquelicot. Pour l’étoile de mer sur le rebord de la fenêtre. Pour le cri du coq à l’aube. Pour le sillage de l’avion dans le ciel de juillet.

 

Pour la valse de Chopin aérant la salle de musique. Et le sachet de camphre sous la chemise de laine. Pour l’alexandrin dans la chambre de cèdre. Pour l’averse de cinq heures et le chant grégorien. Pour le col de dentelle et pour la face-à-main d’ivoire. Pour l’abat-jour de soie, pour l’odeur des framboises et pour le pain levant dans l’escalier. Pour l’ennui des dimanches et pour la balançoire. Pour Le Dormeur du val.  Pour le lilas, pour la lampe de chevet. Pour la rivière Rouge de mon village aux poissons transparents. Pour le joueur de guitare sur la place publique. Pour l’érable de Pâques et le cornet d’écorce. Pour la sieste et le lézard.

 

Les choses sont sonores dans la voix de poème.

 

Nos ombres se consument au fur et à mesure de l’avancée de nos pas. Nous refusons les fausses routes. Les pays incertains.

 

Nous ne reviendrons plus vers les écureuils fabuleux pendus aux branches des noisetiers. Le jour tremble. Volière. L’heure s’est assoupie. Nous sommes à l’abri des coups de midi noir.

 

Sommes de veille. Toutes voiles dehors. 

Paul Chanel Malenfant, « Mélancolie », Traces de l’éphémère, Le Noroît, Montréal, 2011.