Chloé Savoie-Bernard

Portrait de Chloé Savoie-Bernard
1988
Biographie: 

Une recherche identitaire tournée vers soi-même ainsi que vers d’autres marque le parcours poétique de la poète québécoise Chloé Savoie-Bernard. Ses poèmes sont à la fois durs, lucides et vulnérables, et dansent au rythme d’un lyrisme qui se fait et défait et où le sens se crée dans les espaces. Les images volent en pleine figure de ses lecteurs : images au premier abord contradictoires, mais qui révèlent un regard rigoureux sur la notion de l’être au féminin de nos jours et à notre époque. C’est à partir de son regard que Savoie-Bernard écrit, et particulièrement par le biais de ses propres expériences même si elle souligne qu’écrire à partir de ses expériences n’équivaut pas à écrire sur soi. 

Entrevue: 
Lisiez-vous de la poésie quand vous étiez à l'école ? Y a-t-il un poème en particulier dont vous vous souvenez ? : 

Oui, je lisais de la poésie au secondaire. Des poètes assez classiques : Baudelaire, Rimbaud. Nelligan, comme tout le monde. J’aimais bien Boris Vian aussi. Je me souviens que j’appréciais particulièrement Louis Aragon. Son vers « tout est affaire de décor », j’y pense encore souvent.

 

 

Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ? Et quand avez-vous commencé à vous concevoir en tant que poète ?: 

J’écris un journal intime et des histoires depuis l’enfance. J’ai commencé à écrire des poèmes plus tard, vers 13 ou 14 ans. Début vingtaine, j’ai fait un recueil qui n’a jamais été publié. Ce n’est pas plus mal, d’ailleurs ! Puis j’ai composé un deuxième recueil, Royaume scotch tape, qui lui, a trouvé sa maison d’édition.

Je commence tranquillement à accepter que je suis poète. J’ai souvent peur d’être prétentieuse de me présenter en disant « salut, moi c’est Chloé, j’écris des livres ». En même temps, je crois que si c’est pour écrire en catimini, en s’excusant, ça ne sert à rien de le faire. J’essaie d’assumer que la littérature est ma colonne vertébrale, ce qui me tient debout. C’est un apprentissage.

Comment voyez-vous le « travail » des poètes ?: 

Plus que tout, je pense que le travail du poète en est un sur la langue. Empiler des vers les uns sur les autres a quelque chose de très matériel, pour moi. Davantage que lorsque j’écris de la fiction, j’ai l’impression, lorsque j’écris des poèmes, que les mots sont un matériau brut que je travaille afin de lui donner une nouvelle forme. Comme de la sculpture. Mais une sculpture pleine de bosses, une sculpture pas lisse, pas droite, pas conçue pour correspondre à une esthétisation du réel.

Si vous avez un poème dans notre anthologie, qu’est-ce qui vous a inspiré lors de son écriture ?: 

J’ai l’impression que j’écris souvent à partir d’un vertige, d’une émotion que j’ai de la difficulté à circonscrire et que la précision de l’écriture poétique parvient à déchiffrer, ou du moins à éclaircir. Pour « Prévision météorologique », j’avais cette image de filles qui tombaient, mais qui ne le faisaient pas réellement, un peu comme les personnages des tableaux de Chagall, qui sont souvent présentés à l’horizontale, en apesanteur. Je voulais parler de ces filles qui sont contraintes à la chute par une société qui ne prend pas trop soin d’elles, mais qui s’en sortent quand même. Une chute douce-amère, qui blesse mais ne tue pas, une chute qui ressemble à un manège.

Si vous deviez choisir un poème à mémoriser dans notre anthologie, lequel serait-ce ?: 

« Nous », de Geneviève Desrosiers, pour sa singularité et sa force. Un poème dur, triste, mais avec quand même une espèce de rire en arrière-fond… Le lire me permet de ressentir des émotions connues et inconnues tout à la fois, et c’est ce que je recherche en littérature constamment, ce sentiment d’étrangeté et de familiarité. 

Publications : 
Titre : 
Fastes
Éditeur: 
Hexagone
Date: 
2018
Type de publication: 
Book
Titre : 
Royaume scotch tape
Éditeur: 
Hexagone
Date: 
2015
Type de publication: 
Book
Titre : 
Des femmes savantes
Éditeur: 
Triptyque
Date: 
2016
Type de publication: 
Book